INTRODUCTION

  

BUT

Écritures Automatiques est un logiciel outil entièrement ouvert, destiné à jouer avec une langue (français ou anglais), à "produire de la langue", à manipuler la langue dans tous les sens.

Avec Écritures Automatiques, l'utilisateur "fait de la linguistique sans le savoir", il se rend compte qu'avec des moyens très simples, il peut parvenir à des énoncés amusants, voire originaux.

L'ordinateur met au service de l'utilisateur ses capacités de classement, de traitement de texte, de gestion de bases de données et de tirage aléatoire.

  

DESCRIPTION

Écritures Automatiques a pour objet de créer des mini-bases de données (fichiers) thématiques constituées de groupes de mots classés selon des critères grammaticaux, puis d'utiliser ces bases pour composer des textes sur le principe du "cadavre exquis".

Le cheminement prévu (mais non le seul possible), comporte 4 étapes, dont nous indiquons les durées approximatives :

Production d'un corpus de phrases simples à partir d'un thème ou d'un document visuel (1/2 h à 1 h),

Saisie des phrases, découpage en groupes de mots, analyse assistée par ordinateur (1 h environ),

Vérification (possibilité de correction) du fichier ainsi créé, fusion possible avec d'autres fichiers (10 à 20 mn),

Utilisation des fichiers pour composer des textes, selon différents modes. (1 h ou plus).

  

PUBLIC

La connaissance d'un minimum de termes de grammaire est nécessaire à une bonne utilisation du logiciel.

L'analyse grammaticale étant particulièrement poussée en ce qui concerne la construction des verbes (alors que, par exemple, le problème des pronoms est laissé de côté), on devra notamment savoir ce qu'est une construction attributive, transitive, intransitive, un attribut, un complément d'objet direct, indirect, second, un complément d'agent, etc...

Pour l'anglais, il est en outre souhaitable d'avoir déjà travaillé sur les verbes construits avec une particule adverbiale ("phrasal verbs").

Le logiciel peut donc être utilisé avec profit :

En français : à partir de la fin de l'école élémentaire et par tous les élèves des collèges,

En anglais : à partir de la deuxième année d'apprentissage.

 

INTÉRÊT PÉDAGOGIQUE

Les intentions pédagogiques sont les suivantes :

Pratique de la langue par le jeu.

Pratique de l'analyse grammaticale dans une perspective de réemploi.

Réflexion sur la structure des langues et sur la production de sens.

Initiation au maniement d'une base de données linguistiques.

L'analyse grammaticale n'est pas ici une fin en soi, mais le point de départ d'un jeu sur la langue.

C'est la correction grammaticale des textes produits lors de la dernière étape du programme qui sera la sanction d'une analyse menée correctement (le professeur peut n'intervenir que lors de cette phase finale, du moins en ce qui concerne l'évaluation du travail).

De plus, l'utilisateur qui se sera rendu compte par lui-même d'une erreur (de classement, d'orthographe...) pourra à tout moment la rectifier à l'aide de l'option de vérification (possibilité d'auto-correction).

Par ailleurs, Écritures Automatiques fait volontairement l'impasse sur l'aspect sémantique, impossible à prendre en compte de manière exhaustive. Cet aspect, fondamental, devra être introduit au moment de la discussion sur les phrases ou les textes proposés par l'ordinateur : pourquoi telle phrase, parfaitement correcte grammaticalement, ne "marche-t-elle" pas sémantiquement ? Pourquoi telle autre est-elle ressentie comme poétique, originale ?

 

 

 CONCLUSION

 

Écritures Automatiques est un outil, dont le matériau est la langue : comme tout outil, il faut apprendre à s'en servir.

Les fichiers fournis avec le logiciel permettent de commencer à l'utiliser très facilement, en mode PRODUCTION DE TEXTES.

Mais le véritable intérêt du logiciel consiste à constituer ses propres fichiers, afin de procéder à ce travail de démontage puis de recomposition de la langue pour lequel il a été conçu.

  

OBJECTIONS POSSIBLES

Certains utilisateurs se demanderont pourquoi on n'a pas poussé plus loin l'analyse, disséquant les groupes de mots eux-mêmes ; ils se plaindront des contraintes à respecter afin que les phrases puissent être analysées.

D'autres reprocheront à ce logiciel de produire des phrases parfois sémantiquement absurdes.

Des esprits chagrins, enfin, n'apprécieront pas que la grammaire puisse être l'objet de ce qui n'est finalement qu'un jeu.

 

Voici quelques réponses à ces objections :

- Une des raisons qui a conduit à choisir le groupe de mots comme unité de base est que les Surréalistes avaient fait le même choix pour leurs "cadavres exquis".

- Écritures Automatiques se veut un outil simple d'emploi, ce qui a interdit la multiplication des catégories ou un traitement par trop différent des deux langues de travail (français et anglais). II a fallu faire des choix.

- II s'agit d'un logiciel ouvert : le résultat dépend donc en grande partie de ce qu'on y met. Des phrases intéressantes au départ donneront des textes riches à la fin.

- Les contraintes, comme dans tout travail créatif, peuvent être ressenties non comme une limite, mais comme un défi à relever. Certaines d'entre elles peuvent d'ailleurs être contournées, dès que l'on a bien compris le fonctionnement du logiciel (par exemple, l'interdiction des subordonnées : en fait, une subordonnée courte, fonctionnant comme un complément circonstanciel, est tout à fait utilisable, si elle ne comporte pas de pronom).

- L'auteur du logiciel n'est nullement un "chomskien" inconditionnel ; il pense que l'aspect sémantique doit faire l'objet de discussions entre le professeur et les élèves et que ces derniers doivent, grâce à ce logiciel, apercevoir les limites d'une analyse purement structurale de la langue.

- II faut cependant reconnaître que la frontière n'est pas toujours évidente entre l'énoncé impossible et l'énoncé inattendu, insolite, surréel. Écritures Automatiques pourra peut-être contribuer à débloquer certains élèves péchant par manque de hardiesse au niveau de leurs productions écrites.

- Les possibilités d'auto-correction, notamment quand on se rend compte que tel classement de verbe "ne marche pas", et que l'on en essaie un autre, devraient faire de chaque utilisateur un linguiste en herbe.

- L'aspect ludique, enfin, pourra réconcilier certains élèves avec la grammaire.

  

AUTRES PISTES D'UTILISATION

C'est surtout l'imagination des utilisateurs qui devrait permettre de trouver d'autres façons de travailler avec Écritures Automatiques.

Mentionnons toutefois quelques possibilités :

- Découpage d'un texte littéraire à la structure simple (par exemple, un poème de Prévert), au lieu du corpus de phrases. Le fait de "recomposer" un texte de la sorte peut constituer une approche intéressante.

- Entrée directe de données par le programme de vérification (sans procéder à une analyse, ou bien en y ayant procédé en classe).

- Utilisation d'un corpus de départ très restreint afin d'obtenir des textes avec des effets de répétition.

- Utilisation, en mode PRODUCTION DE TEXTES par groupes de mots, de structures répétitives, afin de composer des textes à forme fixe, comme les haïkus japonais.

- Concaténation de fichiers aux thèmes complémentaires.

- Utilisation de pronoms sujets de la première ou deuxième personne, sous certaines conditions : en anglais "you", "we" ne posent pas de problème si on les met dans les "sujets pluriel"; "I" ne pose de problème que si l'on a le verbe "to be" en fichier (mais il faut, bien sûr, le mettre dans les "sujets (pluriel)"). En français, "je" peut être mis dans les sujets au singulier si on n'utilise que des verbes du premier groupe commençant par une consonne. On peut également ne mettre que "je" dans les sujets au singulier, et "vous" dans les sujets au pluriel, et n'utiliser que des formes verbales conjuguées à ces personnes.

Toutes ces possibilités peuvent être explorées avec les élèves, afin de leur faire prendre conscience du fonctionnement de la langue.

Ce n'est que par une pratique répétée d'Écritures Automatiques que l'utilisateur se rendra pleinement compte de toutes les possibilités du logiciel : il y aura inévitablement pour chacun une phase d'appropriation, une phase de tâtonnements, qu'il conviendra de dépasser.